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Nouvelle-Calédonie : un référendum sous tension

Le dernier référendum sur l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie s’est tenu dimanche. Si le « non » l’a emporté à 96,49%, le taux d’abstention a battu des records. Un contexte tendu qui met fin à une période d’apaisement entre le peuple kanak et le gouvernement central.


À gauche le drapeau de la France, à droite le drapeau de Kanaky, symbole identitaire des Kanaks indépendantistes. (FRANCE INFO Outre-mer)


"Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ?". C’est la question à laquelle ont du répondre tous les Calédoniens éligibles au référendum. Néanmoins, certains d’entre eux ont refusé d’y participer : les indépendantistes. Ils sont en majorité composés de kanaks, un peuple autochtone arrivé avant la colonisation de l’archipel par les Français.


En boycottant ce scrutin, les indépendantistes ravivent les tensions dans leurs relations avec l’État central, pourtant apaisées depuis la fin des années 1990 grâce aux accords de Nouméa.




Au delà des ces dissensions, il existe une fracture territoriale et sociale ancrée dans les votes entre les Européens et les communautés locales. Un facteur supplémentaire qui alimente les tensions autour de la question de l’autodétermination.


Sarah Mohamed-Gaillard, maîtresse de conférence en histoire contemporaine à l'Inalco, l'explique à France 24 :

"les Kanaks et communautés océaniennes installés en Nouvelle-Calédonie sont très marqués par le Covid-19 parce qu'ils sont socialement les moins favorisés et ont le moins accès aux soins".

Cela montre donc une fracture sociale entre les différentes provinces.



Un mode de scrutin « antidémocratique »


La confrontation entre deux visions antagonistes de l’archipel soulève l’idée d’un mode de scrutin inégalitaire. En effet, l’accès au droit de vote a été défini par le peuple kanak, afin de lutter contre « la colonisation du peuplement ».


Selon l’article 218 de la loi organique relative à la Nouvelle-Calédonie du 19 mars 1999, les électeurs doivent remplir une des huit conditions prédéfinies. Comme par exemple, « avoir eu le statut civil coutumier ou, nés en Nouvelle-Calédonie », ou encore « avoir l’un de ses parents né en Nouvelle-Calédonie et y avoir le centre de ses intérêts matériels et moraux ».

 


 


 

Ces règles ont été établies dans l’accord de Nouméa pour « limiter le droit de vote des habitants installés récemment », selon Vie Publique. Elles sont largement critiquées par une partie de la population, interdite du droit de vote.


C’est le cas de Victoire Meny, 33 ans, professeur d’Histoire Géographie dans un lycée public à Nouméa. Elle s’est installée avec sa famille en Nouvelle-Calédonie en 2006, lorsqu’elle avait 18 ans. Après un rapide retour en métropole pour y faire ses études supérieures, elle est retournée vivre dans l’archipel.


Résidante de longue date, elle regrette de ne pas pouvoir participer à la vie démocratique de sa région :

« J’ai construit une vie en Calédonie, mes deux enfants sont nés ici, je paye des impôts, je possède des biens matériels, et je ne peux pas voter pour décider de l’avenir de l’endroit où j’ai construit ma vie, donc oui j’aurais bien aimé voter et je pense que ce système est une honte et qu’il est complètement antidémocratique ».

Depuis les accords de Nouméa, c’est un apaisement superficiel qui règne. Des tensions sociales comme la discrimination persistent, et trouvent leur apogée dans ce dernier référendum. Victoire témoigne :

« Tout le monde ressent un clivage entre le peuple kanak et les calédoniens, on peut dire que les deux peuples ne se mélangent pas. […] On peut ressentir de l’insécurité à certains endroits du Grand Nouméa. Par exemple à Mont Dore, sur l’unique route qui mène à Nouméa, se trouve une tribu « St Louis » qui prône l’indépendance. Beaucoup de jeunes kanakes anti-blancs en font partie. Cette route est souvent bloquée pars ces jeunes parfois violents avec les personnes qui passent, ils caillassent certaines voitures, les volant pour les brûler… Ce qui a pour conséquence principale de créer un climat d’insécurité, de bloquer la route et donc d’empêcher les gens de se rendre au travail ».


Des résultats remis en cause par les indépendantistes



Ces derniers mois, aucun drapeau ni affiche indépendantiste n’ont arboré les rues de la Nouvelle-Calédonie. Même à la télévision, le « non » est la seule voix représentée dans les clips de campagne. Dans les boîtes aux lettres, que des tracts pro-France.


Les indépendantistes du FLNKS ont fait voeu d’absence dans les débats électoraux. Le 21 octobre dernier, ils avaient appelé à la « non-participation » au référendum, en raison de la crise sanitaire. Un appel reçu par la population qui s’est largement abstenue, puisque seulement 43,88% des électeurs inscrits se sont déplacés.

Sébastien Lecornu, ministre des Outre-mer, avait prévenu que seule une situation sanitaire hors de contrôle pourrait justifier un report. L’archipel a été touché par une vague de covid en septembre dernier, faisant à ce jour 280 morts. Cependant, depuis plusieurs semaines, l’épidémie est en nette recul, avec en moyenne 16 cas recensés par jour.

Comme prévu, après l’annonce des résultats, les dirigeants nationalistes ont déclaré dans un communiqué qu’ils ne reconnaissaient ni la « légitimité » ni la « validité » du scrutin.

« La voie du dialogue a été rompue par l’entêtement d’un gouvernement français incapable de concilier ses intérêts géostratégiques dans le Pacifique et son obligation à décoloniser notre pays », assurent-ils.


Lors de son allocution post-résultats, Emmanuel Macron a proclamé le début d’une « période de transition » qui « doit nous conduire à bâtir un projet commun ». D’ici au 30 juin 2023 un nouveau statut devra être établi pour la Nouvelle-Calédonie, qui devra à son tour être validé par référendum.


Pour l’heure, les indépendantistes sont fermés aux discussions avec le gouvernement central. Leur objectif est clair :

« Nous attendons le renouvellement du gouvernement français pour engager de véritables discussions sur l’accession du pays à sa pleine souveraineté ».

Rendez-vous en mai 2022 donc, pour connaître la future place de l’archipel dans la République Française.

 

Clara Hidalgo


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