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Les Ouïghours : un peuple sacrifié au profit des intérêts politiques et économiques des puissants

Dernière mise à jour : févr. 2

Les Ouïghours sont une communauté religieuse musulmane vivant dans la région du Xinjiang, au Nord-Ouest de la Chine. Ils sont victimes d’une politique répressive sans nom, menée depuis plusieurs années par la République Populaire de Chine. Enfermés et torturés dans des camps d’internement et de rééducation, endoctrinés, forcés à renier leurs croyances et à travailler gratuitement. Les Ouïghours sont entraînés contre leur volonté, arrachés à leurs familles, voire à leur pays.

Ces crimes sont largement dénoncés par de nombreux médias, personnalités politiques et certains pays, pendant que les Chinois réfutent toutes ces informations en parlant de la création d’« écoles » destinées à former le peuple à travailler afin de lutter contre la pauvreté. En effet, la Chine, connue pour être une puissance incontestable, tient d’une main de fer l’économie mondiale. Elle joue de sa place en faisant pression sur les États et les institutions internationales, empêchant toute tentative destinée à mettre fin à ses agissements envers les Ouïghours, dont elle profite largement. C’est dans ce contexte que résident les polémiques et actualités autour de ce sujet, repris notamment sur les réseaux sociaux où les utilisateurs appellent à agir et à boycotter la Chine.



HISTOIRE

Les origines du peuple et de la répression chinoise envers les Ouïghours


Afin de mieux comprendre le présent, un retour dans le passé est nécessaire.

Avant d’occuper la région chinoise du Xinjiang, les Ouïghours étaient un peuple nomade, vivant entre les actuelles Mongolie et Bouriatie (en Fédération de Russie).

Converti au manichéisme en 762, ce peuple est contraint à migrer en 840 vers les actuels Xinjiang et Gansu, au Nord-Ouest de la Chine, où le royaume des Ouïghours est créé en 843. Des ethnies turques s’immiscent au sein du groupe et introduisent l’Islam entre le Xe et XIe siècles.



Princes ouïghours, peinture murale, grotte de Bezeklik, IXe siècle (source : Herodote.net)

Chinois et Ouïghours : deux peuples alliés face à l’ennemi


Au XIIIe siècle, les Ouïghours sont intégrés à l’Empire Mongol, et plus précisément dans la région de Dzoungarie au XVIIe siècle. En 1760, lorsque l’Empire chinois de la dynastie Qing a repris le territoire, cette région prend le nom de « Xinjiang », ce qui signifie en chinois « la nouvelle frontière ». A cette époque, les Ouïghours ne sont pas la cible d’attaque de la Chine, mais sont de véritables alliés, indispensables pour combattre face aux ennemis Mongols. Ils procèdent alors en communion, au génocide des Mongols Dzoungars.


Des révoltes ouïghoures anciennes


L’occupation Mandchoue de la dynastie Qing dure jusqu’en 1862, période marquée par de multiples révoltes ouïghoures. Notamment la révolte religieuse des Dounganes entre 1862 et 1877, appelée aussi la « Révolte musulmane ». La communauté des Hui, des Chinois convertis à l’Islam, et d’autres ethnies musulmanes se soulèvent dans le Xinjiang. Certaines rumeurs parlent alors des prémices du despotisme mandchoue et des massacres antimusulmans commis par la Chine.

Cette guerre permet par ailleurs la déclaration d’indépendance de la région de Kasgharie, proclamée par le chef militaire Yakoub Beg, qui en devient l’émir. Cet Émirat est reconnu par l’Empire Ottoman et l’Empire russe, qui deviennent des partenaires de pointe par l’envoi de fournitures d’armes. L’Empire Britannique craignant une avancée vers l’Est de l’Empire russe, charge les Qing de reconquérir la région, en finançant l’expédition qui se déroula en 1876. Le Xinjiang est vaincu et de nouveau annexé.


En 1911, les nationalistes chinois renversent la dynastie Qing et instaurent la République de Chine avec à sa tête, le parti nationaliste Kuomintang. Les Ouïghours refusent alors d’être encore dominés par une puissance étrangère, et donnent naissance à la première République islamique du Turkestan oriental de novembre 1933 jusqu’en février 1934. Puis une seconde en 1944, très proche de l’URSS, mais finalement rattachée à la Chine en 1949.



Photographie du Yarkand et de Kashgar, Edward Francis Chapman, 1873-1874 (source : Herodote.net)

L’origine des conflits entre le gouvernement chinois et les Ouïghours


Les années 1950 sont marquées par le passage de la Chine sous le joug communiste avec Tchang Kaï-chek. Le Xinjiang est une région stratégique pour le pays car riche en ressources minérales naturelles : pétrole, gaz naturel, charbon, uranium… Il est donc impensable de la laisser filer dans les mains du peuple ouïghour, qui ne cesse de se révolter pour obtenir son indépendance.


C’est vers la fin des années 1990 que naissent réellement les affrontements entre les Ouïghours et le gouvernement chinois. D’une part, la Chine lance des campagnes antimusulmanes comme « Frapper fort » créée en 1996 qui a pour objectif de rassurer les inquiétudes des Chinois en luttant contre la croissance de la criminalité et de la délinquance. Le parfait subterfuge pour s’en prendre aux Ouïghours, considérés comme des séparatistes car désirant leur indépendance. Bon nombre d’entre eux sont arrêtés, voire même exécutés publiquement à titre d’exemple. Ce moyen d’opérer est réitéré à chaque manifestation ouïghoure, afin de faire disparaître toute forme d’opposition.





Les Ouïghours se soulèvent à Urumqi le 17 juillet 2009, Joshua Kurlantzick, The National, DR ( source : Herodote.net)

D’autre part, face à cette répression sans nom, une partie de ce peuple entend vouloir se défendre à travers la création du Parti islamique du Turkestan en 1997. Il est une organisation militaire et terroriste d’idéologie salafiste djihadiste, classée « organisation terroriste » par les États-Unis et l’ONU en 2002 pour entretenir des liens avec Al-Qaïda. Ce groupe multiplie ainsi les attentats, comme celui des Jeux Olympique de 2008 se déroulant en Chine.


L’attentat du 11 septembre 2001 marque un basculement décisif dans la politique répressive de la Chine. Elle lance un programme anti-terroriste à l’étranger et obtient l’extradition de militants ouïghours dans d’autres pays comme le Pakistan, le Kazakhstan ou le Kirghizistan. Mais la décision politique la plus scandalisante reste la construction de camps de rééducation qui va totalement à l’encontre du respect des droits de l’homme. Ce sont des camps d’internement politique d’endoctrinement qui ont pour but d’inculquer l’idéologie communiste à ces minorités par la violence, la torture, en les forçant à manger du porc ou boire de l’alcool. Cette répression touche toutes les classes sociales ouïghoures, puisque des personnalités anciennement symboliques d’un modèle d’intégration biculturelle sont enfermées : le recteur de l’université du Xinjiang Tashpolat Tiyip arrêté en mars 2017 et le rappeur Ablajan Awut Ayup, détenu depuis février 2018.



POLITIQUE

Les lois, une arme politique privilégiée par la Chine contre les Ouïghours


Depuis 2017, le gouvernement de la République Populaire de Chine impulse une vague de lois répressives envers les Ouïghours du Xinjiang. Par exemple, le pays a interdit le port du voile islamique pour les femmes, le port de la barbe pour les hommes, jugée « anormale » par les autorités. Il a lancé une campagne de stérilisation forcée des femmes en âge de procréer, comme le déclare une étude publiée par la Jamestown Foundation. Il est également prohibé de donner aux nouveau-nés 29 prénoms à consonances musulmanes, tels que « Mohammed », sous peine que les enfants se voient refuser l’obtention du livret de famille.


Au-delà des politiques nationales, la Chine veut imposer son despotisme à l’international, comme nous avons pu le constater depuis plusieurs années. La Chine a proposé un traité d’extradition à la Turquie. En d’autres termes, la Chine demande au président Erdogan de signer un traité qui l’autoriserait à venir chercher des militants ouïghours en Turquie pour les ramener en Chine, et certainement les enfermer dans des camps. Pour une meilleure compréhension des faits, rappelons le contexte.


La Turquie est une terre d’asile pour les réfugiés ouïghours qui fuient la répression chinoise. Grâce à des liens linguistiques, culturels et religieux qui unissent les deux peuples, beaucoup obtiennent l’asile politique, notamment les jeunes qui peuvent bénéficier de bourses d’études et accéder facilement à la nationalité turque. Par conséquent, nous comprenons pourquoi la Chine s’intéresse à la Turquie.


Cependant, c’est à travers différents moyens de pression que la Chine veut faire signer son traité. La Turquie se trouvant actuellement dans une instabilité économique, la Chine lui propose des accords économiques avantageux en échange de sa signature : investissements, achats… Le retard des vaccins contre le Covid-19 est également devenu une arme de décision. La Turquie se voit donc dans l’obligation de signer le traité, trop faible face au géant chinois.

Cette loi est une source d’inquiétudes pour les Ouïghours résidant en Turquie, même si le gouvernement turc assure que la ratification du traité ne signifiait pas que « la Turquie allait renvoyer des Ouïghours en Chine » (source : La Croix).



TECHNOLOGIE

Comment la Chine détourne l’intelligence artificielle dans l’intérêt du « racial profiling »


La région du Xinjiang est devenue une véritable prison à ciel ouvert, où les moindres faits et gestes des habitants sont filmés, surveillés et enregistrés. À chaque angle de rues se trouvent des stations de police, des check point rythment les trajets de tous : des fouilles sont réalisées à l’entrée des gares, des supermarchés ou avant d’entrer dans un bus. Le contenu des téléphones est régulièrement surveillé afin de contrôler les agissements des individus. Dans chaque recoin de la ville des caméras filment les Ouïghours dans leur quotidien, même jusque devant l’entrée des toilettes publiques.


Capture d'écran du compte Twitter de Victor Gevers (source : France 24)

Sur cette capture d'écran, Victor Gevers, un hacker néerlandais, expert de la sécurité, partage sur son compte Twitter des copies d'écran provenant d'une base de données de société chinoise SenseNet, qui témoigne d'un inquiétant niveau de surveillance auquel sont soumis plus de 10 millions de Ouïghours.


Tel un Big Brother des temps modernes, la Chine s’est dotée d’un système technologique de pointe, notamment un système de reconnaissance faciale, qui fait polémique dans le monde entier car il est à l’origine des arrestations et internements des Ouïghours.


Selon le Washington Post, l’entreprise Huawei aurait testé un logiciel de reconnaissance faciale destiné à identifier les Ouïghours. Elle aurait aussi travaillé sur une caméra dotée d’intelligence artificielle capable de donner des informations (âge, sexe, ethnicité) de chaque personne dans une foule. Face à la réponse peu concluante de Huawei qui se défend par l’argument que ce n’était qu’un « test », de nombreux pays ont refusé d’acheter des équipements 5G à l’entreprise. Le cabinet de recherche américain IPVM a découvert qu’une autre entreprise agissait dans ce sens : Alibaba, le géant chinois du commerce en ligne. La société aurait créé un logiciel capable d’identifier des Ouïghours, toujours dans cette démarche de « racial profiling ».


Cette utilisation de l’intelligence artificielle et de la technologie dans le cadre du « racial profiling », expression anglo-saxonne désignant un traitement discriminatoire de la part des autorités en fonction de l’origine ethnique, est largement condamnée par de nombreux États.



INDUSTRIE

Les Ouïghours, victimes d’une mondialisation qui favorise l’esclavage moderne


Sur le même modèle que les entreprises spécialisées dans la technologie, d’autres sociétés, souvent des multinationales, profitent des Ouïghours dans un intérêt économique.


En effet, une partie des Ouïghours est détenue dans des camps d’internement, mais aussi forcée à travailler gratuitement. D’après Le Monde, la production nationale de coton dans le Xinjiang serait passée de 59,7% en 2014, à 84,9% en 2019. Ces chiffres témoignent d’une véritable croissance de production, permise par le travail des Ouïghours.


Le secteur du textile est désormais connu pour employer des Ouïghours, mais il n’est pas le seul. Un Think Tank (groupe de réflexion) australien nommé ASPI a publié un rapport qui révèle que 83 grandes marques, de secteurs variés, sont liées au travail forcé des Ouïghours. Parmi elles des multinationales de renom, dans le secteur de la technologie nous retrouvons Apple, Sony, Samsung, Microsoft, Nokia…, du textile avec Zara, Adidas, Nike… et de l’automobile avec BMW, Volkswagen, Mercedes-Benz…

Ce rapport fait également état des conditions déplorables, qui vont à l’encontre des droits humains, dont les Ouïghours sont victimes dans les camps.


La plupart de ces entreprises ainsi que la Chine réfutent ces allégations, ce qui provoque un élan de réactions sur les réseaux sociaux où les utilisateurs appellent à boycotter les marques citées dans le rapport.


Le lien ci-dessous vous redirige directement vers le site internet de l'ASPI :


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