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Enquête : le numérique pour aider les « Dys »

Dernière mise à jour : 8 mars

Logiciels, écrans, sites internet, matériels spécifiques… les nouvelles technologies sont au service des « Dys ». Victimes de problèmes d’apprentissages scolaires, ils représentent 6 à 8% de la population française. Lucas et sa mère Isabelle, racontent comment le numérique a amélioré et facilité les méthodes de travail du collégien.



Isabelle aide son fils Lucas, qui doit apprendre les verbes irréguliers en anglais. Un exercice compliqué pour l'adolescent de 15 ans.

« Le numérique c’est la solution » assure Isabelle. Dès la classe de CP, son fils Lucas est diagnostiqué dyslexique et dyspraxique. À cause de ces troubles appelés « Dys », il a rencontré plus de difficulté dans son apprentissage scolaire que les autres élèves. Aujourd’hui âgé de 15 ans, il s’apprête à passer son brevet des collèges et sans le numérique, il n’en serait pas là.


Concrètement en classe, le rythme de certains professeurs peut s’avérer trop rapide pour l’adolescent, qui n’arrive pas à écrire son cours. Lorsque le moment des devoirs arrive, les leçons copiées qu’à moitié ne suffisent pas. Les sites spécialisés pour les Dys deviennent alors de véritables alliés car ils proposent des cours entièrement rédigés, accompagnés d’explications adaptées.


« Ce n’est pas la compréhension du cours ou les connaissances qui me manquent, le problème c’est comment les lui transmettre pour l’aider » témoigne Isabelle. Pour elle, les avantages du numérique sont donc indéniables :

« c’est un support à distance, qui utilise une police plus lisible qu’une écriture manuscrite, et permet de rattraper les cours ».


"Des troubles multiples"


Comme Lucas, ils sont nombreux atteints de troubles Dys en France. S’il est encore impossible de donner un chiffre exact, la Fédération Française des Dys (FFDys) estime qu’il existe 6 à 8% de personnes concernées. Sans compter ceux dont les pathologies n’ont jamais été décelées.


Certains de ces troubles affectent les apprentissages précoces comme le langage ou les gestes, et d’autres s’attaquent uniquement aux apprentissages scolaires. Ces derniers, appelés « troubles spécifiques des apprentissages » sont multiples, mais les plus communs demeurent la dyslexie, la dysorthographie (troubles du langage écrit), la dyspraxie (problème de coordination des gestes) , la dyscalculie (apprentissage numérique) ou encore les troubles de l’attention.


Ils apparaissent habituellement au cours du développement de l’enfant et persistent à l’âge adulte. Si les personnes qui en souffrent n’ont pas de déficience intellectuelle globale, ces troubles engendrent des répercussions sur la vie scolaire, professionnelle et sociale.




Des outils approuvés par les jeunes et leurs parents


Logiciels, sites internet, claviers d’ordinateurs spéciaux, clés USB… tous ces outils inconnus du grand public sont les meilleurs amis des Dys. Nécessaires pour aménager l’environnement de travail, ils permettent de compenser les manques ou d’entraîner correctement les élèves.

À la maison, pour assister Lucas dans ses devoirs, Isabelle utilise le site internet « Dyspositif ». Un abonnement payant qui donne accès à des cours entiers, en lien avec les programmes scolaires allant de la primaire jusqu’en classe de 3e. Ils sont complétés par des explications adaptées aux difficultés Dys, permettant une meilleure compréhension.

Ce site propose aussi des stages et des jeux pour exercer de manière ludique les jeunes élèves. Une assistance cruciale pour la réussite du jeune homme :

« sans ce site, je sais pas comment on ferait », déclare la mère de famille.

Un ordinateur avait également été mis à la disposition de l’adolescent de 15 ans, par la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH). Un moyen plus rapide pour prendre les cours intenses en écriture, comme en français ou en histoire-géographie.

« Je scannais aussi les fiches que les professeurs me donnaient pour éviter de les recopier », ajoute-t-il.


Pour sa mère, l’utilisation de l’ordinateur et du téléphone a été une révolution, notamment grâce au correcteur automatique : « À force de voir la bonne orthographe, il l’intègre et fait moins de fautes ».


À l’école, Lucas rencontre quotidiennement des problèmes :

« certaines questions sont compliquées, il y a des mots ou des phrases que je ne comprends pas toujours ».

Pour l’aider, sa professeure de français réalise des cartes mentales sur un logiciel. « C’est plus facile de retenir avec ça », déclare le jeune homme.

Côté lecture, cette activité peut sembler sans complexité pour une grande majorité, mais elle devient un cauchemar pour les Dys. Pourtant, elle est un exercice obligatoire dans les cours de français.

Chez lui, Lucas utilise donc une bibliothèque sonore. Des centaines de livres y sont pré-enregistrés et lus. C’est son enseignante qui lui fournit les liens car elle a conscience de ses difficultés, et Lucas apprécie :

« j’écoute tout en lisant le texte, du coup je me perds moins ».


Des technologies qui doivent encore être développées en classe


Cependant, tous les enseignants n’ajustent pas leurs cours en fonction des difficultés de chacun. Isabelle distingue trois catégories de professeurs face aux Dys : « il y a ceux qui s’adaptent et qui ont déjà préparé des cours comme par exemple des dictées à trous », « ceux qui ne cherchent pas à s’adapter » et « ceux qui ne sont pas formés mais qui tentent des approches ». Lucas ressent ce décalage : « cette année pas tous les profs prennent en compte mes problèmes ».


Pour palier cet écart, le site de la FFDys propose l’utilisation du numérique : « la mission serait d’organiser l’adaptation des matériels et des supports pédagogiques, en particulier à travers leur mise à disposition sous forme électronique ; cela concerne non seulement les manuels scolaires adaptés, mais aussi tous les supports en usage à l’école : supports de cours, devoirs à la maison, livres étudiés en classe … ». Elle accentue sur l’importance d’avancer dans ce domaine, avec une révision de la loi sur les droits d’auteur.


Aujourd’hui, tous les professeurs ne se servent pas du numérique pour illustrer leurs cours, et donc faciliter leur compréhension. Isabelle met en évidence la nécessité de numériser des leçons :

« il faudrait que les cours soient accessible en ligne. Numériser les cours serait une manière de s’adapter aux enfants en difficulté ».

Son fils confirme et en ressent le besoin : « ils ne le font pas tous, pourtant ils ont des formations ».



Un manque de reconnaissance du numérique


Mais alors, quelles sont ces formations ? Le Ministère de l’Éducation nationale a créé une formation européenne multilingue mise en ligne gratuitement depuis 2018, appelée le « MOOC Dys ». Sous la forme de trois livres, elle est composée de trois modules : un parcours commun, un parcours « parents » et un parcours « enseignants ». Ce dernier inclut la technologie comme moyen d’apprentissage, mais ne représente qu’une petite partie.


La FFDys quant à elle propose une formation, mais payante cette fois, à hauteur de 350€. Ce stage d'une journée requiert un bagage dans le domaine de l’informatique et de venir avec son ordinateur. Il semble donc davantage axée sur les bienfaits des nouvelles technologies.

Cependant, Isabelle soulève un problème :

« tous les professeurs ne reçoivent pas ce genre de formation car elles sont payantes et l’État refuse de les financer ».

En plus des formations à dispenser aux enseignants, l’État a encore beaucoup à faire du côté des jeunes Dys. S’il met à disposition du matériel numérique aux jeunes, comme des ordinateurs ou tablettes, le processus pour les obtenir est encore trop long :

« on a attendu très très longtemps pour que Lucas soit reconnu par la MDPH, qui lui a ensuite fourni l’ordinateur », explique Isabelle.

Sans parler des jeunes qui ne se voit jamais attribuer le statut d’handicapés par la MDPH. Certaines familles sont donc totalement abandonnées par le système.


Il est également important de rappeler que le numérique ne se suffit pas à lui-même. Il doit être accompagné de séances chez des spécialistes telles que l’orthophoniste, l’ergothérapeute, qui vont faire travailler l’enfant et le faire progresser afin de réduire progressivement les troubles.

Cependant, l’État ne soutient pas, ou peu, financièrement les familles. « Une séance chez l’ergothérapeute c’est 30€, une fois par semaine, donc la note grimpe vite » témoigne Isabelle, avant d’ajouter :

« je pense que le manque de soutien financier empêche certains parents d’aider leurs enfants, qui risquent de voir leurs difficultés augmenter ou persister ».

Clara Hidalgo



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